NAOS-Intelligence, Conseil en sécurité économique et management de crise

Intelligence économique et histoire, éternel recommencement

mardi 11 août 2009 par Lyderic Donet Enregistrer au format PDF

Quelques éléments historiques pour aborder l’intelligence économique sous un autre spectre

L’« Intelligence Economique » est un concept moderne (1) , basé sur des éléments fondamentaux de société anciens.

On peut attribuer le premier concept d’IE à SUN TZU (Ve siècle av JC), qui nous dit :

« La meilleure des batailles est celle qu’on ne livre pas ».

Un peu plus tard, au XV éme siècle, Venise fut la plus grande puissance méditerranéenne, en ayant un territoire fixe très réduit, grâce à sa formidable puissance d’échange et d’information. Elle a été une des plus grandes organisation d’IE, en demandant à ses capitaines au long court de rendre compte au Palais des Doges, de leurs voyages, des cours de marchandises, des politiques et difficultés rencontrées. Cette information était synthétisée et transformée en renseignement par le biais d’une feuille de route, à l’attention de ses capitaines en partance, afin de les informer sur ce qu’ils devaient rencontrer, et surtout ce qu’ils devaient regarder.

Le vénitien Marco Polo fut ainsi désigné comme :

« Un des plus illustres veilleurs technologiques de l’Histoire (2) » .

Par la suite, en considérant les colonisations des Amériques et la concurrence sauvage qui existait entre Espagnols, Portugais, Anglais et Français (ainsi que l’apport de ces colonisations : richesses, culture et connaissances à l’Occident), il apparaît clairement que ce sont par les renseignements et les informations fournis par des contrebandiers ou explorateurs aventuriers que les Etats ont décidé de commanditer et financer ces expéditions. Des témoins nous décrivent comment convoiter les richesses et les savoir faire de ces territoires lointains à travers la violence ou encore par "bonne intelligence en temps de paix".

Plus prés de nous, Napoléon faisait de l’intelligence économique sans le savoir :

« Perdre une bataille est acceptable, se faire surprendre ne l’est pas »

L’intelligence économique, dont les racines sont donc bien lointaines, s’appuie aujourd’hui sur un contexte évolutif, plus rapide et présent sur plusieurs plans, nous citerons, d’une manière non exhaustive :

- L’augmentation naturelle du nombre d’habitants de la planète ;
- La demande, sans cesse croissante, des populations pour accéder à l’information, à la culture, à la santé et au progrès social ;
- L’augmentation proportionnelle du nombre de prédateurs, personnes morales ou physiques qui cherchent à détourner des richesses à leur seul profit par des moyens que la morale ou la loi réprouve ;
- La création et la diffusion incessante de nouveaux produits d’informations ;
- L’augmentation et l’accélération des échanges économiques et financiers entre tous les pays ;
- L’accélération du progrès qui dérive immédiatement de la recherche et de l’innovation qui sont les réels moteurs des économies, mais aussi la cible de ces mêmes prédateurs.

Nous sommes ainsi confrontés à une conjonction de plusieurs phénomènes : un ralentissement de l’économie qui rend les entreprises plus prudentes dans leurs investissements avec un phénomène de mondialisation qui augmente la vulnérabilité des entreprises (ou augmente la concurrence). Tout cela dans un climat de développement des technologies de la communication et de l’information qui bouleverse les modes de fonctionnement à tous les niveaux. Notons aussi que la fin de la guerre froide a contribué à redéployer les forces de renseignement de la sphère géopolitique à la sphère privée.

L’intelligence économique est le produit de ces « perturbations » qui fait que les entreprises utilisent les nouvelles technologies et les nouveaux moyens mis à leur disposition pour améliorer leur connaissance de l’environnement (notamment concurrentiel) et pour sécuriser leurs investissements. En cela, l’IE est une résultante et peut être une réponse à ces phénomènes. Phénomènes qui par ailleurs ont pu s’avérer bénéfiques pour les économies et les peuples.

Cependant force est de constater qu’il existe l’envers du décor, apportant des situations négatives qui, elles, portent atteinte aux intérêts économiques des nations et à leur population, que ce soit, par la voie de piratages, de détournements et d’utilisations d’informations, de copies de créations déposées, ou tout simplement d’espionnage économique et industriel.

Ces effets négatifs sont supportés tant par les économies nationales, générant des pertes financières conséquentes et augmentant leurs déficits budgétaires, que par leur aspect social touchant directement les populations par l’augmentation du chômage par exemple.

Il est donc naturel que les pays, comme la France, recherchent à la fois des solutions de renseignements sur les évènements qui se produisent et sur leurs origines, buts et moyens. Que ceux ci touchent l’espace public ou la sphère privée.

Si l’intégrité économique d’un pays se retrouve attaqué de la sorte, c’est un devoir de la puissance publique de chercher à protéger son économie en créant des contre-feux à ces agressions tout en cherchant à anticiper les menaces. Pour se prémunir ou anticiper la puissance publique et/ou la sphère privée peuvent avoir recours à l’intelligence économique, ou à la défense économique partenariale (3) , comme principe d’évaluation des menaces mais aussi pour apporter des solutions.

Se pose alors la question des moyens utilisés et de leur légitmité /légalité

(1) Rapport dit MARTRE de 1994, rédigé entre autre avec Philippe CLERC, Christian HARBULOT, François JAKOBIAK

(2) B. MARTINET et Y-M MARTI, op. cit., Marco Polo (1254-1324), il vécut seize ans en Chine, à la cour mongole de Koubilaï, petit-fils de Gengis Khan. Il séjourna à Sumatra, en Inde, en Perse. Revenu à Venise en 1295, il arma une galère et combattit à la bataille de Curzola contre les Gênois. Fait prisonnier, il dicta ses souvenirs dont le fameux « Livre des merveilles » à un de ses compagnons de captivité. Le livre fut rédigé en français dans le dialecte picard. Le pape Eugène IV obligea Nicolo Conti de retour d’une expédition vers 1440, à dicter au secrétaire pontifical, Poggio Bracciolini, le récit complet de ses pérégrinations en Asie. Le témoignage de Conti est capital ; il confirme parfaitement celui de Marco Polo jugé jusqu’alors quelque peu fantaisiste.

(3) Circulaire du 14 février 2002 relative à la défense économique partenariale dans laquelle l’Etat stratège est partenaire des entreprises et des acteurs économiques.


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 15027

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Quelques réflexions  Suivre la vie du site Intelligence Economique   ?    |    Les sites syndiqués OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.3 + AHUNTSIC

Creative Commons License